Réalisé par Bong Joon-ho
Avec Song Kang-ho, Kim Sang-kyung et Byeon Hie-bong
Édité par The Jokers
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Une affaire criminelle restée un mystère, c’est le thème du deuxième film d’un des plus grands cinéastes de ces dernières années.

Memories of Murder
Corée du Sud, en 1986, autour de la ville de Hwaseong. Le cadavre d’une femme est retrouvé dans la campagne. Deux mois plus tard, sont commis de nouveaux meurtres avec le même mode opératoire. L’enquête est dirigée par un policier local, épaulé par un collègue détaché de Séoul.
Memories of Murder (Salinui chueok), sorti en 2003, salué par de nombreux prix, dont le Grand Prix du festival du Film policier de Cognac, est le deuxième long métrage du Coréen Bong Joon-ho, après Barking Dog (Flandersui gae), une comédie sortie en 2000, récompensée par le Prix FIPRESCI à Hong Kong.
Bong Joon-ho a, depuis 2003, enchaîné les succès avec quatre longs métrages, dont quatre, plusieurs fois primés, ont assuré sa réputation internationale : The Host (Gwoemul, 2006) sur les ravages d’un monstrueux prédateur émergé de la rivière de Séoul, et Snowpiercer, le Transperceneige, sorti en 2013, et Okja, sorti dans nos salles en juin 2017, édité par Criterion, mais toujours introuvable en France. Puis sortit son chef d’oeuvre, Parasite (Gisaengchung, 2019), récompensé par plus de 300 prix, dont la Palme d’or, attribuée à l’unanimité, et quatre Oscars, dont celui du Meilleur film. Son édition collector 4K UHD avait remporté en 2020, dans la catégorie « films récents », le Prix du meilleur DVD/Blu-ray décerné par le Syndicat Français de la Critique de Cinéma et des films de télévision.
Memories of Murder, sur un scénario partiellement adapté d’une pièce de théâtre de Kim Kwang-rim, largement enrichi par le réalisateur, évoque des faits réels, une série de dix assassinats de femmes avec le même mode opératoire (victimes ligotées et étranglées avec leurs sous-vêtements), commis à Hwaseong et ses environs, entre 1986 et 1991. L’identité du tueur en série restera pour toujours inconnue, tous les meurtres étant aujourd’hui couverts par la prescription… à moins qu’il ne cède à nouveau à ses pulsions. Ses apparitions furtives dans le film ne permettent jamais de distinguer les traits de son visage. Les meurtres en série de Hwaseong, après l’audition de 21 280 suspects, restent le plus grand mystère criminel de l’histoire de la Corée.
Memories of Murder est centré sur l’opposition entre les deux policiers chargés de l’enquête, Park Doo-man, le flic local, rustique, macho, brutal, se fiant uniquement à son instinct, et Seo Tae-yoon, détaché de Séoul, plus éduqué, plus méthodique et respectueux des procédures. Les tensions entre des deux policiers et l’évolution de leur comportement, l’un déteignant progressivement sur l’autre, vont constituer le principal ressort dramatique du film.
Memories of Murder, en toile de fond, porte un regard sans complaisance sur la Corée de la fin des années 80, celle de la Vème République, sous laquelle, malgré une démocratisation progressive entreprise depuis la fin de la dictature de Park Chung-hee, assassiné en octobre 1979, se déroula une répression brutale de mouvements sociaux rappelée par une scène reconstituant le massacre de Kwangju. Le film critique aussi très ouvertement l’incompétence des policiers, leur manque de moyens (les analyses ADN doivent être faites aux USA) et les tortures employées pour arracher des aveux aux suspects.
Memories of Murder reste, plus de vingt ans après sa sortie, pour son réalisme, un film remarquable pour la qualité de son scénario, de sa photographie, de son montage, l’élégance et la pertinence de l’accompagnement musical, et, surtout, pour l’ambiance dérangeante qu’il installe dès les premières images, laissant continuellement le spectateur dans le doute. Un jalon du film policier insolite. La remarquable édition, aujourd’hui épuisée, livrée par feue La Rabbia (dont le catalogue a été repris par The Jokers) avec un livret, une traduction du scénario et 2h15 de bonus vidéo, avait reçu en 2018 le Prix du meilleur DVD/Blu-ray du SFCC dans la catégorie « films de patrimoine ».
Memories of Murder

Memories of Murder (131 minutes) tient sur un Blu-ray BD-100 4K UltraHD sur un Blu-ray BD-50 supportant seul les suppléments vidéo (77 minutes, sans compter le commentaire audio du film). Les deux disques sont logés dans un fin digipack.
Le menu animé et musical propose, pour le film dans sa version originale, en coréen, au format DTS-HD Master Audio 5.1, avec sous-titres imposés, et dans un doublage en français DTS-HD MA 2.0 stéréo.

Supportés par le seul Blu-ray BD-50, ils sont une reprise partielle de ceux qui complétaient l’édition La Rabbia sortie en 2018.
Commentaire audio de l’équipe du film (DTS-HD MA 2.0, sous-titré). Le réalisateur et trois acteurs, Kim Sang-kyung, Paark Noh-shik et Song Kang-ho, donnent une foule d’informations sur le tournage, avec une grande place réservée aux souvenirs des acteurs, un peu moins aux conditions et aux options de tournage.
Memories : retour sur les lieux du crime (63’, 1080i, DTS 2.0, en anglais et en coréen, 2018, Grab The Cat/La Rabbia). Enregistré en 2018 à Séoul, dans le Live Tone Studio Sangam, avec Bong Joon-ho, son assistant Lee Yong-Ju et le coscénariste Shim Sung-Bo. Quinze ans après le tournage, le réalisateur a l’impression de voir le film de quelqu’un d’autre. Il avait, depuis longtemps, été intéressé par les meurtres en série commis à Hwaseong. La première scène tournée, une bagarre entre les deux flics, brutalement interprétée, a donné le ton du film et créé une tension entre les deux acteurs qui a persisté pendant tout le tournage. Bong Joon-ho a aussi voulu reconstituer l’atmosphère de la Corée des années 80, son contexte politique, épingler les négligences du système judiciaire. Il s’est attaché à recréer visuellement l’époque, aussi exactement que possible, et à assurer l’homogénéité de l’ambiance sombre du film, quitte à attendre toute une journée la bonne lumière, ce qui était encore possible au début des années 2000, une sorte d’âge d’or du cinéma coréen. La pensée que le tueur ait pu voir le film, tranquillement assis, met le réalisateur en colère.
Bong Sound (14’, 1080i, DTS 2.0). Choi-Tae-young, l’ingénieur du son, se souvient que Bong Joon-ho souhaitait que le son soit réaliste, en jouant sur la pluie, le vent et la musique. Le niveau devait parfois être poussé pour obliger les acteurs à hurler leur texte. Le réalisateur veillait à ce que les sons ajoutés en postsynchronisation paraissent aussi réels que possible.
On regrette l’absence des autres bonus de l’édition La Rabbia de 2018 : le making of, un entretien avec le compositeur Tarô Iwashiro, et trois modules sur les décors et les accessoires, sur les costumes et les maquillages, et sur les effets spéciaux.
Memories of Murder

L’image (1.85:1, 2160p, HEVC, SDR), parfaitement nettoyée par une restauration 4K opérée pour les éditions précédentes, très stable, a conservé l’aspect délibérément délavé des couleurs (par le procédé du « bleach bypass »). Après comparaison avec l’image du Blu-ray BD-50, le gain en résolution, contrastes et finesse des couleurs qu’aurait pu apporter le format HDR est réduit par les limitations du SDR.
Le résultat reste toutefois très satisfaisant, sans dénaturation de la texture du 35 mm.

Le son stéréo de la version originale a été, lui aussi, très soigneusement nettoyé. Le remixage au format DTS-HD Master Audio 5.1 sépare les dialogues et les bruits d’ambiance, finement restitués, y compris les plus discrets bruissements de la campagne. La belle composition de Tarô Iwashiro bénéficie de l’aération du son.
Le doublage en français, au format DTS-HD Master Audio 2.0 stéréo, n’est pas à la hauteur : les dialogues, très peu naturels, sont placés trop en avant et le rendu de l’ambiance et de l’accompagnement musical est terne et plat. Il n’a pas été pris en compte pour l’attribution de la note.
Crédits images : © CJ Entertainment, Sidus
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