Huit ans après son dernier film, Poetry, le cinéaste sud-coréen Lee Chang-dong a réalisé un magnifique film qui avait fait consensus auprès de la critique durant le festival de Cannes de 2018, Burning. Sa diffusion sur Arte est l’occasion de s’y replonger.
L’histoire est celle de Jong-Soo (Yoo Ah-In), un apprenti écrivain qui enchaîne les petits boulots et qui recroise par hasard le chemin de Hae-Mi (Jun Jong-seo), une amie d’enfance. Une relation amoureuse va rapidement se créer entre eux, mais celle-ci va tout aussi vite être parasitée par l’arrivée de Ben (Steven Yeun), un nouvel ami que Hae-Mi a rencontré à l’étranger. Et alors qu’un étrange triangle amoureux commence à se former, Hae-Mi disparaît mystérieusement…
C’est à ce moment-là que la romance que Burning a installé bifurque radicalement vers le thriller. La maigre zone de confort que Lee Chang-Dong et sa co-scénariste, Oh Jung-mi, ont offert aux spectateurs, laisse place à une enquête où Jong-Soo se lance à la recherche de la jeune femme.
 
Burning : photo, Steven YeunUn triangle amoureux qui tourne mal ?
 
Mais si les différentes investigations du personnage – dont une minimaliste, mais terrifiante séquence de filature – rappellent bel et bien que nous avons basculé dans le genre, cette quête semble elle aussi infectée par une tension latente, un mystère indénouable, envoûtant et stimulant, aussi déstabilisant que la romance inaccomplie de début de film.
Cette étrangeté se ressent dans la photographie de Hong Kyung-Pyo et dans la mise en scène de Lee Chang-Dong. Leur façon de filmer le crépuscule, qui fait presque tendre le film du côté du fantastique, le filmage aérien, les focales plutôt courtes qui donnent de l’ampleur à l’image, le tout couplé à la musique minimaliste de Mowg : l’atmosphère embrumée du film tient à l’élégance feutrée de sa réalisation qui donne à voir les lacunes mystérieuses d’une réalité devenue insaisissable.
 
 Burning : photoUn monde inquiétant un mystérieux.
 
Burning ne parle d’ailleurs que de ça : des trous béants dans notre perception du monde. En témoigne un scénario rempli de pistes abandonnées, de voies explorées à moitié et de questionnements inassouvis. Ben brûle-t-il réellement des serres ? Le chat de Hae-Mi existe-t-il ? Et qu’en est-il du puits de son enfance ? Et évidemment : qu’est devenue la jeune femme ?
Autant d’interrogations volontairement laissées sans réponse, non pas par flemmardise ou superficielle volonté de frustrer le spectateur, mais au contraire comme sincère désir de donner corps à cette idée d’une réalité lacunaire et insaisissable. Le long-métrage de Lee Chang-Dong se transforme en une obsédante source de réflexion, mais aussi en un vertigineux traité sur le mystère du monde et sur son rapport à l’invisible.
 
Burning : photo, Yoo Ah-InCourir après le réel.
 
Le cinéaste se passionne pour les surfaces feutrées ou opaques. La lumière étouffée par une bâche, la fumée de cigarette qui se disperse, une éclaircie contre le mur d’une chambre de jeune femme : Lee Chang-Dong s’intéresse autant au visible qu’au difficilement perceptible, voire à l’invisible. En témoigne également tout le champ lexical que le film déploie sur le sujet.
Entre le pantomime que pratique Hae-Mi, les haut-parleurs de la Corée du Nord qui résonnent jusqu’à la maison du père de Jong-Soo de l’autre côté de la frontière – qui donc entend, mais ne voit pas l’autre partie du pays – ou encore tous les différents appels anonymes que reçoit Jong-Soo et qui ne laissent place qu’à un silence assourdissant de l’autre côté du fil : Burning se concentre sur les surgissements d’irréel dans le palpable et le rationnel. Des moments de glissement où la réalité ne suffit plus.
Mais le film n’est jamais déconnecté du monde, c’est par ailleurs tout son génie : réussir à puiser dans les crevasses du réel pour commenter le contemporain.
 
Burning : photo, Jeon Jong-seoDisparaître…
 
Ce monde qui, comme le dit Jong-Soo lui-même, “reste un mystère” pour les personnages, témoigne alors des enjeux qui traversent les questionnements et des craintes d’une certaine jeunesse sud-coréenne de la fin des années 2010. Ce drôle de personnage qu’est Ben en est par ailleurs une belle manifestation.
En effet, le film ne confirmera jamais si Ben brûle bel et bien des serres, s’il a fait disparaître Hae-Mi et ne donnera pas plus de détail sur sa relation avec la jeune femme qu’il maquille à la toute fin du film. Il est simplement défini comme un séduisant playboy, un Gatsby – comme il est directement nommé dans le film – qui est entouré de mystère (d’où vient sa richesse ? quelle est sa profession ?), mais reste relativement chaleureux et sympathique.
 
Burning : photo, Steven YeunUn antagoniste d’un genre nouveau ?
 
Mais la méfiance de la caméra couplée à l’ambivalence du jeu de Steven Yeun suggère clairement au spectateur le caractère négatif du personnage. Ce double mouvement d’un antagoniste écrit comme un personnage positif, en plus de rajouter de l’ambiguïté au film, installe la figure manifeste d’un nouveau type de mal, un monstre 2.0 oisif, charmant, qui roule en Porsche, s’habille bien et prend soin de lui. Une sorte de Patrick Bateman en somme, mais dont l’antipathie et la folie meurtrière seraient dissimulées aux spectateurs.
Lorsque Ben parle a Jong-Soo des incendies qu’il provoque, l’incertitude sur la vraie nature de l’information se pose : jusqu’où cet homme qui se prend pour un dieu est-il capable d’aller, et serait-il possible que ces serres soient en réalité des personnes ? Ce doute permet ainsi à Burning de jouer brillamment avec l’esprit du spectateur, mais aussi d’explorer une tension générée par les inégalités qui fracturent la Corée du Sud.
 
Photo Yoo Ah-In, Steven Yeun, Jun Jong-seoPortrait d’une jeunesse sud-coréenne.
 
En effet, le confort de vie de Ben s’oppose à la précarité des agriculteurs et au quotidien de Jong-Soo. Lors de la séquence où ce dernier se rend à un entretien d’embauche froid et déshumanisé dans un entrepôt. Dans une autre, on apprend que ce ne sont pas les rayons du soleil qui éclairent le studio d’Hae-Mi, mais bien leurs reflets qui frappent les grandes tours vitrées des bureaux du centre-ville. Ainsi, que ce soit à travers des éléments concrets et triviaux, autant que par des idées métaphoriques et évocatrices, Burning révèle la violence quotidienne à laquelle est confronté ce duo de protagonistes sans repère ni racine.
Qu’il s’agisse de l’enfance mystérieuse de Hae-Mi ou l’instabilité des parents de Jong-Soo, nos héros sont laissés à l’abandon dans un monde qu’ils ne comprennent pas eux. Chacun cherche des réponses à ses questions : par la spiritualité pour la jeune femme et par l’enquête pour le jeune homme. Pour l’un, puis pour l’autre, ce n’est cependant qu’une fois confronté au vide de l’existence qu’une seule solution s’imposera aux yeux brûlants d’une jeunesse perdue : se laisser consumer.
 
Burning : Affiche française
Une errance entre les genres, un portrait brûlant de la Corée du Sud contemporaine, un traité sur l’existant et un objet d’une beauté et d’une poésie dingue : Burning est un chef-d’œuvre d’une ampleur, d’une densité et d’une sensibilité absolument uniques. À (re)découvrir de toute urgence !
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@Matpalalam

Intéressante analyse. Mais je ne suis pas entièrement d'accord sur "le réalisateur vous empêche tout imagination". Il y a tout ce que l'on ne voit pas, le passé des 3 personnages. Le pourquoi et comment de ce qu'est Ben. Les 3 sont perdus chacun à leur façon. Tout a été très vite, trop vite pour la Corée du Sud passée d'un pays en voix de développement à un nouveau dragon en à peine quelques décennies. Le pays ne se reconnais plus. Bon j'extrapole. Le film ne vaut pas pour son enquête, je ne pense pas que cela est été le but recherché. Je trouve le film parfois très poétique, dés qu'il y a Hae-Mi, jeune fille perdue assez insaisissable. La scène avec le long plan de "danse" au couché du soleil est absolument magnifique. Son personnage est touchant. Bref le film vaut surtout pour son atmosphère et ses acteurs même s'il manque de finesse et de densité. Il n'est pas au niveaux des classiques du thriller Coréen dont certains m'avaient mis de sacrés claques il y a plus d'une décennie maintenant, mais j'ai vite compris qu'il prétendait à autre chose et c'est déjà pas si mal.
J’adore les films à atmosphère, encore plus ceux teintés de thriller dans lesquelles, la plupart du temps, l’atmosphère est mise au service du récit ce qui permet a notre cerveau de divaguer sur telle ou telle théorie et d’attendre avec envie le fin mot de l’histoire tout en espérant que celle-ci n’arrive pas trop rapidement non plus afin de rester dans l’ambiance.

Au vu des critiques Presse je m’attendais à cela mais QUELLE DÉCEPTION. il n’y a aucun enjeu, aucun suspens, mon cerveau était en mode encore plus « off » que lorsque je vais voir des films pour lesquels il est de notoriété publique de débrancher son cerveau…ici tout est limpide, le récit déroule sans laisser aucune part ni au mystère ni à l’interpretation, ça en est frustrant.

Le récit démarre sur un constat : on nous dit que la Corée est le pays où le chômage a le plus progressé des pays de l’ocde de ce fait on suit les répercussions sociales de cela à travers la rencontre de 3 protagonistes.

– une femme sans attache qui ne survie que de petits boulots, elle est endettée ce qui a coupé tout lien avec sa famille. Lorsqu'elle pense à tout cela, elle pleure et a envie de disparaître, elle n’a donc pas de moteur à sa vie. Elle s’accroche cependant à son « sauveur » d’enfance pour lequel elle était tombé amoureuse mais qui ne lui adressait pas la parole hormis pour lui dire des choses méchantes. Elle le revoit au hasard d’un petit boulot.

– Lui est un fils d’agriculteur qui, a la suite du départ de sa mère 16ans plus tôt, a été élevé par un père au caractère incontrôlable actuellement en procès pour aller en prison. Ce jeune fait des petits boulots, il aimerait être écrivain mais ne sait pas par où commencer, il n’a donc pas d’attache non plus ni de moteur à sa vie jusqu’à ce que l’amour devienne le moteur suite à ses retrouvailles avec la connaissance d’enfance citée ci-dessus (qui a dit pas d’originalité? Pas du tout vu et revu? ).

– Le 3 eme est un jeune homme issu de la classes doré coréene, tellement doré qu’il est déconnecté : il ne ressent rien, n’arrIve pas a avoir d’émotions, ni pleurer, ni être jaloux (sauf une fois). Il a des conquêtes qui l’ennuie au bout de quelques semaines. Il se met alors a bailler quand sa conquête du moment parle, son seul passe temps qui lui permet de se sentir vivant est dite à travers une métaphore arrivant dans de gros sabots, c’est une diatribe beaucoup trop insistante ou il indique qu’il aime brûler des serres (il insiste sur le très très proche…ça en est très très lourd).
Cette jeunesse dorée n’a pas de moteur à sa vie non plus et ne considère qu’avec peu d’importance la vie des autres coréens qui sont tout juste bon a les divertir quelques instants au cours de quelques soirées (une sorte de « dîner de con » coréen).

S’en suis donc la rencontrer de ces 3 personnes (qui n’est pas du tout un triangle amoureux car il n’y a pas d’amour concernant le jeune riche, de même l’autre Jeune n’ose plus rien entreprendre car tétanisé par ce monde de riche qu’il ne connaît pas ).

Et puis c’est TOUT…. voilà toute l’histoire car avec ce que j’ai dit plus haut vous voyez où mène la disparition de la protagoniste féminine et si vous n’avez pas saisi le sens de la métaphore (ce qui parait presque improbable, à part si vous avez complètement enlevé votre cerveau a l’entrée de la salle) le réalisateur vous empêche tout imagination en vous montrant une valise, un chat (d’ailleurs comment peut-on imaginer qu’il n’existe pas alors qu’il y a des crottes dans la litière et qu’a chaque fois que jongsu va à l’appart il lui remet des croquettes dans sa gamelle qui s’est Donc vidé :S ), une montre…

Pour 2h30 de film le scénario ne fait pas beaucoup de lignes…(même les scénarios post-it de Luc Besson sont plus fouillés :S ) l’atmosphère et le bon jeux des acteurs ne peuvent hélas pas sauver un scénario si pauvre déroulé d’une manière beaucoup trop clair, limpide et sans aucune finesse. 2 point pour « l'atmosphère » gâché par le récit et 2 pour le jeux des acteurs. 4/10
Coup de gueule contre le jaune dégueulasse qu'utilise Arte pour les sous-titres…
C'est presque aussi insupportable que des doublages !
Par curiosité, le film est diffusé quand sur Arte car je n'ai pas trouvé l'info ?
Film incroyable. Au-delà de la superbe mise en scène (superbe photo, plans généreux en idées et symbolique) c'est tout ce qui se fait de mieux dans le cinéma sud-coréen a savoir un mélange des genres parfaitement dose et distillé intelligemment. On passe d'un film sociétal a une comédie humaine puis a un thriller paranoïaque pour finir sur une tonalité horrifique.
Le film bouille les pistes de son intelligent scénario a travers les points de vues. Selon les points de vues dans lequel se place les spectateurs, le sens est différent (cf l'histoire de la mandarine dans le resto. Brillant).
Il faut le voir et le revoir. Tout est parfait, beau, poétique et l'histoire de la fracture sud et Nord coréenne résonne au plus profond de l'auteur et des protagonistes.
Brillant.
J’ai lu les premières lignes, puis le premier commentaire et j’ai regardé la BA … thriller étrange et envoûtant sud-coréen, voilà ce qu’il me faut pour ce soir !
Par contre c'est pas une critique mais une excellente analyse du film . Ceux qui n'ont pas vu le film ne lisez pas cet article

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